Promouvoir la traduction, défendre les traducteurs

Une biographie de Hermann Hesse, par François Mathieu

Une biographie de Hermann Hesse, par François Mathieu

Quelques questions posées à François Mathieu, à l’occasion de la sortie de sa biographie d’Hermann Hesse.
— Qu’est-ce qui donne, à un traducteur, l’envie d’écrire une biographie d’un auteur ? Et pourquoi Hermann Hesse ?
Traduire, c’est aussi marcher dans les pas d’un autre
, parfois à ses côtés, en accompagnateur discret, avec, au fond de soi, l’envie irrépressible de le connaître, le faire connaître. Donc de pénétrer dans sa biographie, d’en apercevoir tous les paysages. Il n’y a, entre cette marche et l’écriture d’une biographie, qu’un pas. Cependant la marche, la démarche du biographe est nécessairement plus longue, plus profonde, plus indiscrète, plus inquisitive que celle du traducteur.
   En 2002-2003, mes traductions de maints contes de Jacob et Wilhelm Grimm et le savoir qu’il n’y avait eu jusqu’alors aucune biographie française des deux frères  [1], m’avaient amené à écrire une biographie des inventeurs du conte moderne, où je pouvais aussi révéler qu’ils avaient été des inventeurs de la philologie moderne, d’extraordinaires mythologues, dictionnaristes, et des démocrates humanistes constructeurs de l’idée de l’unité allemande.
J’avais auparavant publié des textes de Hermann Hesse, puis je publiai en 2005 chez Calmann-Lévy un montage de textes de cet écrivain sur le thème de la nature et du jardin, précédés de courtes séquences biographiques [2]. Aussi, quand un collaborateur de cette maison d’édition me proposa d’écrire une biographie de cet écrivain, j’acceptai avec joie.
Que n’avais-je pas fait en signant ce nouveau contrat ? Je m’imaginais qu’en un an j’achèverais ma besogne. Illusions d’un inconscient ! Il me fallut piocher dans les vingt volumes des Œuvres complètes (romans, nouvelles, poèmes, souvenirs, articles, notes, critiques littéraires), plusieurs volumes de correspondance, personnelle, familiale, plusieurs biographies. Bref, presque trois mètres linéaires d’étagères. La tâche a duré six ans. Mais, heureux aboutissement : Hermann Hesse. Poète ou rien a pu paraître à l’occasion du cinquantenaire de la mort de l’écrivain.

Est-ce que tout est traduit de cet auteur ?
Tous les romans de Hermann Hesse ont été traduits : Siddhartha en 1925, les autres entre 1948 et les années 1970. La découverte du Loup des steppes par le mouvement psychédélique aux États-Unis dans les années 1960 a déclenché en Europe une soif de connaître, lire l’œuvre de Hesse, d’où, pendant trois décennies, la traduction en France notamment de plusieurs recueils de nouvelles. Je suis entré dans le continent Hesse au milieu des années 1990 avec des recueils d’articles, de journaux de voyages et de souvenirs (Corti).
Dit autrement : l’œuvre de Hesse est immense, et il y a, dans ces conditions, fort à faire. En dehors d’un petit recueil, préparé par Hesse lui-même, ses textes politiques n’ont pas été traduits. Ses nouvelles constituent un inépuisable réservoir. Ses poèmes ont été peu traduits. Ses écrits sur sa psychanalyse et ses rapports avec son médecin psychiatre élève de C. G. Jung méritent une traduction.
J’ai dans mon disque dur plusieurs débuts et essais de traductions en devenir (nouvelles, extraits de correspondance, poèmes), mais je pense que ma prochaine traduction aboutie pourrait être la correspondance Hermann Hesse-Stefan Zweig. Les discussions éditrice-traducteur sont en route.

« Hermann Hesse. Poète ou rien », par François Mathieu
Editions Calmann Levy. 544 pages.


[1] François Mathieu, Jacob et Wilhelm Grimm. Il était une fois…, éd. du Jasmin, 200 p.
[2]
Hermann Hesse, Brèves Nouvelles de mon jardin, Calmann-Lévy, 188 p.