Promouvoir la traduction, défendre les traducteurs

Traduction pragmatique : Sophie Léchauguette présente sa thèse

Traduction pragmatique : Sophie Léchauguette présente sa thèse

Compte rendu de l’assemblée générale extraordinaire de l’ATLF du 17 mars 2016
Modification des statuts : Article 4 – objet

Vous remarquerez que nous avons écrit « la défense et la sauvegarde des intérêts spécifiques des traducteurs d’édition ». Nous avons choisi ce terme après mûre réflexion, en nous disant que celui de « traducteur littéraire », notre définition historique, était sans doute trop restrictif dans le langage courant (quid des traducteurs de livres pratiques, par exemple ?). Le terme de « traducteurs d’édition » nous définit par rapport aux diffuseurs.

519TQYH6ABL._SX95_C’était il y a bien longtemps. Débutante dans le métier, j’assistais pour la première fois aux Assises de la traduction littéraire en Arles. J’avais récemment obtenu mon DESS de traduction littéraire (Paris VII). J’étais très heureuse d’avoir déjà eu quelques contrats. Je devais le premier à Bernard Turle, alors directeur des éditions Thames & Hudson où j’avais effectué mon stage en fin de formation. J’avais donc traduit Jérôme Bosch pour la série L’Univers de l’art puis quelques titres pour Hachette pratique. À la fin d’une discussion avec une autre jeune traductrice où nous venions de parler de nos différentes expériences, elle me demanda : « Et c’est tout ? »
Le temps a passé, je ne la cite peut-être pas exactement mais le désir d’apporter une réponse à cette question innocente est sans doute une des motivations profondes qui m’ont conduite à entreprendre ce travail de recherche. Un peu mortifiée par l’implicite qu’elle contenait, je persévérai cependant dans cette voie. Aujourd’hui, ma thèse répond : « Oui c’est tout, et c’est déjà beaucoup ».
Une bonne dizaine d’années plus tard, je commençai à intervenir comme formatrice. Dans le DESS de traduction pour les métiers de l’édition qui venait de se créer à Bordeaux.  Je créai un cours destiné à sensibiliser des étudiants désireux de devenir traducteurs littéraires à ce que j’appelle (malgré parfois quelques résistances) la traduction pragmatique.
Ces étudiants m’ont fait comprendre combien ils trouvaient l’exercice ardu. Qu’ils soient remerciés de m’avoir fait redécouvrir mon métier avec leurs yeux. C’est aussi grâce à eux, et pour contribuer à la réflexion sur la formation, que j’ai décidé de recentrer ma recherche sur l’enseignement de la traduction pragmatique pour le secteur de l’édition.
Alors aujourd’hui, je remercie les colistiers (surtout des colistières) qui m’ont encouragée et fait part de leur expérience de traducteurs pragmatiques. Je remercie aussi tous les contradicteurs, et surtout ceux dont les réactions suggèrent encore que la carrière de traducteurs pragmatiques serait moins noble que celle de traducteur littéraire. Le secteur pragmatique de l’édition demande des compétences spécifiques. Mais il n’en est pour autant ni moins difficile, ni moins intéressant. L’apprentissage de la traduction est un apprentissage de l’écriture. Il se double ici d’un apprentissage de la traduction intersémiotique. C’est-à-dire que le traducteur ne s’occupe pas uniquement du texte mais doit aussi gérer le support matériel qu’est le livre, puisque les livres pragmatiques sont généralement illustrés. Le texte se fragmente en rubriques multiples disposées dans une mise en page complexe. Le livre est un objet porteur de contraintes spatiales et visuelles. Bien traduire le message demande la prise en compte des images. La traduction pragmatique pour l’édition demande une grande créativité car il s’agit bien souvent de refaire le livre pour l’adapter à son nouveau lectorat.

Ma thèse : mode d’emploi :
Traduire des livres : parcours de formation à la traduction pragmatique pour l’edition
La première partie est un peu théorique. La deuxième partie répondra à ceux qui sont curieux de découvrir ce qu’est un livre pragmatique, la troisième vous fera entrer dans les coulisses de quelques collections d’ouvrages pragmatiques et la quatrième vous ouvrira les portes d’un cours de traduction pragmatique. Ceux d’entre nous qui se souviennent de l’atelier de Karine Regnier des éditions Harlequin l’année où les Assises s’intitulaient « Traduire Eros » ne s’en étonneront pas. Les autres découvriront pourquoi il faut autant adapter que traduire certains récits. Feuilletez la quatrième partie si d’aventure vous décidez de vous lancer dans la formation de traducteurs.
En espérant que ce travail puisse vous être utile et peut-être vous donner l’envie de vous orienter vers cette spécialité méconnue et si riche.

Le concours Ma thèse en 180 secondes m’a offert une belle occasion d’attirer l’attention des lecteurs sur le travail des traducteurs.

Sophie Léchaugette

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