Promouvoir la traduction, défendre les traducteurs

Scotchant

Scotchant

Collage d’affiches dans un lycée américain. Al tire de sa poche… a roll of tape. Le ton est familier, la traduction coule de source : rouleau de scotch.

Bien, mais… scotch ou Scotch ? Le correcteur consulté prône la capitale. Non par crainte de confusion avec la bouteille du même nom, mais la marque est déposée. En principe, Mme 3M conserve ses droits dessus. Ce n’est pas que la dame soit sur la paille ni qu’elle risque de lancer des poursuites, mais, pour l’amour d’une minuscule, faut-il vraiment contrevenir à l’article L. 711-1 du code de la propriété intellectuelle ? Un traducteur est si farouchement attaché à certains articles du même code !
Donc, Al va tirer de sa poche un rouleau de Scotch ?
Hum, fâcheux. L’original est exempt de pub, pourquoi la v.f. en contiendrait-elle ?

Certes, les noms de marque ont envahi la littérature, des jeans aux céréales en passant par tous les breuvages – ce qui ne va pas sans compliquer la tâche du traducteur quand l’effet de familiarité tombe à plat –, mais est-ce une raison pour en « rajouter » ?
Alors ? Alors tant pis. Pour finir, l’objet du dilemme n’apparaissant que deux fois dans toute la séance de collage, ruban adhésif il sera. Du moins à la première occurrence, et rouleau à la seconde.

Ça colle un peu moins bien ? C’est un fait. (Méfiez-vous des contrefaçons.) Mais c’est là qu’intervient un petit tour de magic ! Car scotcher, le verbe, s’est astucieusement fait naturaliser. Il figure dans tous les bons dictionnaires juste après son papa, et lui se passe allègrement de majuscule. Et voilà nos affiches bien solidement scotchées.

Rose-Marie Vassallo