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Claude Seban se livre

Claude Seban se livre

Au tour de Claude Seban de se livrer…

« Quel est le dernier livre que vous avez traduit, qui a été publié, et que vous avez aimé ? »
Petite soeur, mon amour,
de Joyce Carol Oates.
U
ne peinture féroce (à la fois émouvante et drôle) de la classe « moyenne supérieure » américaine à partir du meurtre d’une petite patineuse prodige de six ans (une sorte de « Little Miss Sunshine »).
Un roman que j’ai beaucoup aimé pour son personnage principal, frère de la victime et narrateur de l’histoire, qui, enfant, puis adolescent, promène son miroir naïf dans un monde devenu fou, une société obsédée de réussite sociale et de célébrité télévisuelle où il est considéré comme un inadapté, un raté, traîné de psychologue en psychiatre (diagnostics : « dyslexie/troubles déficitaires de l’attention/syndrome d’anxiété chronique/ TAAC/TOC/RSE ») et généreusement « médicamenté ».
M’a ravie aussi la forme ludique du récit : le narrateur truffe son texte de notes de bas de page, annote les notes, interpelle son éditeur, insère des dessins, change de police de caractères, figure les trous noirs de sa mémoire…
Bref, à mon avis, un des « grands » Oates.

« Quels ont été les plaisirs/difficultés de traduction rencontrés ? »
Quoi de plus agréable que d’avoir l’impression – souvent temporaire –  d’être parvenu à trouver un style, des équivalences qui ne trahissent pas totalement un texte que l’on aime ? J’écrirais donc « difficultés-plaisirs ».
En voici quelques-un(e)s :
– Les noms propres, si évidemment signifiants (ex : une journaliste baptisée Fyce, un avocat appelé Kruk – noms évoquant respectivement le roquet et l’escroc) que je me suis demandé un moment si je ne devais pas essayer de les traduire. Piste abandonnée au profit d’une Note du Traducteur en début d’ouvrage ;
– un tic de langage du père du héros qui, pour faire chic, sème ses discours d’expressions françaises déformées (« turd farce » pour « tour de force », « sand-freud » pour « sang-froid », « pear und feese » – sans commentaire) ;
– le jargon psy et politiquement correct (siglomanie, euphémismes) ;
– la prose « torrentielle » du narrateur.

Petite sœur, mon amour
Joyce Carol Oates
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban

Éditions Philippe Rey, 2010