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Le français d'éditeur

Le français d'éditeur

Qui parmi nous n’a jamais rencontré cette langue, écrite plus que parlée, pratiquée par certains éditeurs ? Chose étrange, cet idiome pourtant répandu n’a pas encore — autant que je sache — fait l’objet d’études scientifiques.
J’ai eu récemment la chance de rencontrer un maître de cette langue. Directeur d’une maison réputée, il corrige lui-même ce qu’on lui soumet. Mon brouillon laborieux s’en est trouvé transfiguré. J’ébaucherai dans le prochain numéro de TransLittérature, en m’appuyant sur ses corrections, une description de cette langue précieuse. Pour l’instant, quelques exemples : des extraits de ma version retraduits par lui en français d’éditeur. Dieux, quelle belle leçon !

  • Le soir même il dînait à Londres au Savoy avec L.
    Le soir même il dînait à Londres, au Savoy, en compagnie de L
  • — Viens avec nous.
    — J’aimerais bien. Mais je dois rester. Tu sais que je rencontre tous les jours Clemenceau et l’ambassadeur d’Angleterre. Je dois être tout le temps auprès d’eux.
    — Viens avec nous.
    — J’aimerais tant. Mais je dois rester. Tu sais que je rencontre quotidiennement Clemenceau et l’ambassadeur d’Angleterre. Je dois être en permanence auprès d’eux.
  • B. lui faisait remarquer que les couver ainsi n’était bon ni pour elle-même, ni pour ses filles, mais elle ne l’écoutait pas.
    Son amant avait beau relever que de les couver ainsi n’était bon ni pour elle, ni pour ses filles, elle ne l’écoutait pas.
  • … puis, voyant qu’il n’échapperait pas à…
    … puis, saisissant qu’il n’y échapperait pas…
  • Ils avaient gagné Genève à la recherche d’un homme appartenant à la mission diplomatique des alliés de l’Allemagne, qui devait avoir l’âge de B. et lui ressembler.
    Ils avaient rejoint Genève à la recherche d’un individu, faisant partie de la mission diplomatique des alliés de l’Allemagne, qui devait ressembler à leur maître et avoir plus ou moins le même âge.
  • Si le véritable ennemi, c’est les bolcheviks, pourquoi ne pas arrêter enfin cette guerre meurtrière ?
    B. ne trouva pas d’explication, mais il promit de faire l’impossible pour hâter sa fin. Puis il lui raconta le voyage du retour qui lui avait fait passer un mauvais quart d’heure.
    — Si le véritable ennemi, ce sont les bolcheviques, pourquoi ne pas enfin arrêter cette guerre meurtrière ?
    Il ne lui fournit aucune
    explication, mais promit de faire l’impossible pour hâter sa fin. Ensuite, il s’attaqua au récit du voyage de retour, au cours duquel il avait passé un mauvais quart d’heure.
  • Je rappelai. La femme me demanda si…
    Je rappelai. La voix féminine s’enquit de savoir si…
  • Je traversai la Seine à la hauteur du Louvre, le fleuve coulait calmement et je sentis combien les éléments étaient indifférents au destin des hommes. Qui était concerné par le désastre guettant des millions d’hommes ?
    Je traversai la Seine, très calme, à hauteur du Louvre, et perçus l’indifférence des éléments face au destin des hommes. Qui était concerné par le désastre guettant des millions d’individus ?

 Sacha Marounian