Promouvoir la traduction, défendre les traducteurs
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La cage sans fin

La cage sans fin

Les traducteurs prennent la parole. Ça n’est pas tout à fait nouveau. Un traducteur cause, cause toujours. Sauf que le plus souvent, la parole qu’il prend ou qu’il chaparde ou qu’il transporte ou qu’il… bref, sauf que d’ordinaire la parole est celle de l’auteur. Dans le présent espace, l’auteur, en quelque sorte, rend  sa parole au traducteur. Ce qui veut dire qu’auteur de sa traduction hors de l’espace bloguesque, le traducteur qui y entre devient porteur de son propre mot, auteur de son discours en quelque sorte. Il y a toutefois fort à parier que le traducteur, devenu auteur en espace clos, y parlera de ses moutons – c’est-à-dire de ses traductions. Le traducteur est-il un homme ou une femme qui se plaît derrière les barreaux ? Et ceux des autres, en plus ? Pas vraiment, pas du tout. Si l’on tient compte du fait que même clos, son espace à lui, quand il garde ses moutons en compagnie de ses collègues, s’étend sans limites et fait, facilement, le tour du globe, ce blog global pourrait au contraire devenir une belle étendue de liberté paradoxale. Le paradoxe, autre grand amour du traducteur, son trait d’esprit en rapport avec son inconscient polyglotte, si je puis dire, n’y a-t-il pas plus bel écrin pour l’accueillir que l’éphémère éternité du blog ?

Je suis heureux et fier qu’une organisation structurée et orientée vers l’action efficace se dote, en surplus, en cadeau, de cet espace de parole hors sentier au moment même où nous nous apprêtons à signer, de l’autre main, un important accord-cadre avec nos partenaires éditeurs. Parce qu’ils font un métier difficile et rigoureux, les traducteurs littéraires ont besoin d’un espace où le langage s’épanouit, et où les frontières s’estompent, d’un univers à l’autre, d’une langue à l’autre, d’un livre à l’autre. Longue vie à cette petite cage de pages pas sages, que les portes s’ouvrent sur l’univers des passeurs de mondes, et merci à ceux qui s’apprêtent à l’animer.

Olivier Mannoni, président de l’ATLF