Promouvoir la traduction, défendre les traducteurs

Dossier Romance : du côté des traducteurs/ 2

Dossier Romance : du côté des traducteurs/ 2

Interview de Benoît Robert

Formé au Centre européen de traduction littéraire (CETL) à Bruxelles, Benoît Robert est un des rares traducteurs masculins de romance, un genre massivement lu, écrit et traduit par des femmes. Tombé un peu par hasard il y a cinq ans dans la marmite du roman féminin, il avoue que cet exercice lui permet d’exprimer « son côté yin ». Benoît a traduit de l’anglais une dizaine de romans pour les éditions Milady (Bragelonne). Ce traducteur belge, marié à une Québecoise et père de trois enfants, est par ailleurs écrivain et professeur de danse consciente.

Comment as-tu commencé à traduire de la romance ?
Après deux ans au CETL, et juste avant de rédiger mon mémoire, je cherchais du travail en tant que traducteur. On m’avait dit que je pouvais essayer de proposer des textes ou mes services aux éditeurs. J’ai d’abord tenté, sans succès, de placer un texte jeunesse auprès des éditions Mijade, puis j’ai effectué un essai pour un autre éditeur, mais le texte ne me plaisait pas (ce que j’ai eu le tort d’avouer franchement). Lecteur de fantasy, je connaissais les éditions Bragelonne, que j’essayais de démarcher depuis quelque temps. Quand j’ai appris qu’elles se lançaient dans la romance avec le label Milady, je les ai contactées et on m’a proposé un  texte. C’était donc un choix par défaut, mais je n’avais rien contre les histoires d’amour et les scènes de sexe, et cela a marqué le début de notre collaboration. J’ai ainsi traduit de la romance paranormale, du romantic suspense et de la romance contemporaine. Ma première interlocutrice, Alice Arslanagic, m’a été d’une grande aide. Grâce à ses très nombreux retours sur mon travail, je me suis adapté à ce style de littérature qui ne m’était pas familier. J’ai ensuite travaillé avec différentes éditrices chez Milady, souvent pour reprendre des séries en cours dont la traductrice d’origine n’était plus disponible, plus rarement pour des séries entières.

Que penses-tu des textes que tu traduis ?
Ces textes sont souvent mal écrits, avec des répétitions et des longueurs, des phrases ampoulées. J’ai parfois l’impression que les éditeurs américains n’ont pas fait leur boulot. Au début, je n’osais pas toucher au texte, mais je suis rapidement enhardi, n’hésitant plus à sabrer un adjectif sur cinq pour en arriver à de l’adaptation plus qu’à une traduction littérale.
Je fais particulièrement attention aux incohérences de la narration. Par exemple, dans un thriller sentimental, un tueur étranglait sa victime avec une corde en nylon. Plus loin, c’était devenu un crime à mains nues ! On peut trouver des pantalons qui se transforment comme par magie en jupe, ou des reprises de dialogues où l’auteur n’a pas fait l’effort de reproduire correctement ses propres mots. J’en discute avec mes éditrices et je signale mes corrections via des commentaires dans le fichier de ma traduction.
Cela dépend tout de même des auteurs – ou plutôt des autrices. Toutes ne sont pas à loger à la même enseigne. Il y a aussi des différences de styles selon les genres. Dans la romance paranormale, par exemple, le ton est jeune, très ado, drôle et enlevé.
N’étant pas à la base un lecteur de romance, je me suis renseigné en lisant des commentaires de lectrices sur Amazon. Je reconnais que j’avais des préjugés. Je les ai trouvés bien écrits, contrairement à ce que je m’étais imaginé. De plus, les lectrices font très souvent référence à la traduction, ce qui est plaisant. Qu’une lectrice loue notre travail nous récompense de nos efforts. Pour traduire ces textes, j’essaie de me placer en position de lecteur. Je travaille vite, je fais un premier jet sans lire le livre pour me laisser emporter par l’histoire et les rebondissements. Je découvre donc la patte de l’auteur au fur et à mesure.
Ce sont des univers contemporains, avec beaucoup de dialogues, ce qui me plaît. Il faut trouver la phrase choc, qui va « pêcher » comme on dit en Belgique, qui sonnera juste, ce qui me change de mes propres écrits. Il y a de l’argot, je sors de mes sentiers battus, mais je ne colle pas des « putains » dans toutes les phrases sous prétexte que mes héros sont de gros baraqués, comme dans plusieurs romans qui se déroulaient dans le milieu des sports de combat.
Dans les derniers textes que j’ai traduits, je remarque l’apparition de la narration à la première personne. L’un des travers de ce genre de littérature est de décrire les moindres actions et, à la première personne, (« je me lève, je vais vers la porte, je tourne le loquet »…), c’est encore plus bizarre, il faut faire attention.

Tu parles des personnages masculins. Penses-tu que tes éditeurs te donnent davantage de livres où les personnages masculins sont plus présents ?
J’ai beaucoup de romans à deux voix, dans lesquels le point de vue de l’homme alterne avec celui de la femme. J’avoue que j’ai plus de facilité à traduire le point de vue des filles. C’est mon côté yin qui s’exprime !
Les personnages masculins sont généralement assez machos (vampires, lutteurs, chanteurs de rock, motards…), ce qui me pose parfois des problèmes de conscience. Mais il y a des parties touchantes. Le gros malabar qui devient papa, ça véhicule quand même de l’émotion. Ce qui me dérange parfois, c’est la violence verbale : deux hommes qui s’insultent en se traitant de « tapette », de « suceur de bites », tous ces clichés machos. Et je suis content quand mes héroïnes ne se laissent pas faire. Il m’arrive souvent de m’attacher à elles. Ce sont des personnages forts, auxquels je m’identifie davantage. Donc, finalement, je suis une traductrice comme les autres (rire).

Qui sont les auteurs de romance ?
Principalement des femmes, qualifiées de « New York Times Best Sellers » ! Je ne les connais pas, mais je m’informe sur elles via Internet. J’ai même établi une sorte de typologie : les jeunes et jolies mamans, les « mémères à chienchien », qui postent des photos de leur compagnon à quatre pattes sur Twitter… Celle que je traduis en ce moment vit en Arizona, bien que son roman se passe à Los Angeles. Je me demande parfois si elle n’a pas voté Trump. J’ai également traduit une autrice néo-zélandaise, mais à part quelques mots bizarres je n’ai pas vu de différence.
Je ne suis jamais en contact avec les auteurs que je traduis. Pas de questions à leur poser, ou alors trop, notamment à cause des incohérences dont je parlais tout à l’heure. Au début, les éditrices m’envoyaient les bouquins, mais maintenant, je ne reçois que des fichiers. Je dirais que je traduis des textes plus que des auteurs.

Le quart d’heure technique

Quels sont les tics propres à la romance ?
Les longueurs et les répétitions. « She sucked in a breath », ça va bien la première fois, mais à la vingtième, ça finit par lasser. Les personnages passent leur temps à renifler, grogner, plisser les yeux, jeter des coups d’œil derrière leur épaule. S’il y en a trop, j’allège, je varie mes traductions (pour « panacher » disait Alice), ou je les mets en didascalies dans les dialogues.
Je me souviens d’un sportif riche à millions qui montrait sa chambre à l’héroïne. « My room is fantastic, the deck is amazing and the bathroom is incredible ». On se croyait chez ID Déco.
Dès le premier jet, j’allège au maximum pour gagner du temps par la suite quand je reprends ma traduction. Mais comme je ne lis pas le texte avant, je ne sais pas toujours ce qui reviendra, si ça aura de l’importance, et j’essaie de rester quand même le plus fidèle possible à la VO.
Il y a aussi les mouvements, mais je ne crois pas que ce soit typique de la romance. L’anglais est plus descriptif. Pour rendre la scène en français, je me mets dans la peau du personnage, je reproduis le geste pour bien me rendre compte.

Comment réussit-on une scène d’amour ? Quels dont les défis à relever ?
C’est ce qu’il y a de plus difficile. Il ne faut pas forcément traduire les images que l’on a en anglais, souvent ridicules en français. Il faut que la lectrice reste dans la scène, pas que ça la fasse rire. J’évite de décrire l’anatomie, toutes les sécrétions… Pour une image qui évoque une épée dans son fourreau, par exemple, je préfère aller à l’essentiel et parler de pénétration. L’objectif d’une scène d’amour, c’est qu’elle soit excitante.
Certaines scènes sont très longues, répétitives, et peuvent s’étaler sur vingt pages. Même les démons et les vampires ne pensent qu’à ça. Je les trouve parfois ridicules, ces gros gars virils qui tergiversent comme des fillettes. J’ai envie de leur dire : « Vas-y, mon gars ». Mais une fois que c’est parti, ils ne s’arrêtent plus.
Une série de romans qui se passait dans le milieu sportif m’a posé des problèmes de terminologie. Je devais décrire des matchs de baseball, mais ce n’est pas de la traduction technique, et l’essentiel, c’est de rendre l’esprit.

Quels sont les termes les plus problématiques ?
Une des questions récurrentes est le passage du « vous » au « tu ». C’est un peu la tarte à la crème. A priori, je passe au « tu » après l’amour, mais il m’arrive parfois de repasser au vous si une certaine distance s’installe, ou d’alterner entre les deux, en fonction du degré d’intimité qu’entretiennent les personnages. Quoi qu’il en soit, à un moment, il faut franchir le Rubicon. Il y a aussi la question des mots doux : faut-il employer toujours le même ? Changer à chaque fois ? Les adapter au personnage ? Un vampire qui appelle l’héroïne « ma douce », ça me fait toujours bizarre.
Il y a aussi des adaptations à faire, ce qui est plus créatif. Une héroïne s’appelait Lucky, et son nom donnait lieu à des jeux de mots. J’avais d’abord envisagé de l’appeler Fortune, Destinée… mais j’ai finalement opté pour Providence, qui collait mieux dans le contexte. Une autre fois, je suis tombée sur une référence culturelle à une série télé américaine des années 1950. Je me suis demandé s’il fallait adapter, mais j’ai finalement laissé tomber, car cela n’avait pas d’incidence sur l’histoire.
Et, bien sûr, il y a les termes vulgaires (cock, dick…). J’aurais tendance à y aller franco (queue, bite…), mais ça dépend des éditrices et des collections. Comme je reprends souvent des séries en cours, je regarde ce qui a été fait dans les tomes précédents pour m’adapter au registre. Il faut veiller à la cohérence du style et du lexique.

Propos recueillis par Paola Appelius

Interview de Francine Deroyan

Dans le métier depuis une quinzaine d’années, Francine Deroyan a traduit de l’anglais pour les éditions Harlequin, J’ai Lu, Robert Laffont (collection « R ») et Bayard une soixantaine de romances ou de romans Young Adult sous le nom de Francine Deroyan pour la romance traditionnelle, le Young Adult et le New Adult, et de Diane Hamilton pour les collections érotiques. « Un jour, en faisant une recherche sur le Net, je me suis rendu compte que mon nom menait sur des sites qui vendaient aussi bien les romans érotiques que j’avais traduits que des… sex-toys. J’ai alors décidé de prendre un pseudo », explique-t-elle.

Comment as-tu commencé à traduire de la romance ?
J’étais une lectrice de romance, en particulier de la collection Best Seller d’Harlequin. Ce sont des romans plus longs, dans lesquels les auteurs, plus expérimentées, prennent davantage le temps de développer l’histoire et la psychologie des personnages. J’ai commencé à lire des textes en anglais, car là où je passais mes vacances, la Maison de la Presse proposait des livres en VO, et j’avais été attirée par certaines couvertures. J’ai ainsi découvert les romans de Jackie Collins. Ses histoires mêlant scandales, sexe et coups bas se déroulaient dans l’univers de Hollywood. Certains de ses titres n’étaient pas traduits en français, ce que je trouvais dommage pour les lectrices qui ne lisent pas en VO.  J’ai alors eu envie de faire découvrir de nouveaux auteurs aux lectrices françaises. Un jour, en feuilletant une revue littéraire, je suis tombée sur une interview d’Anne Coquet, alors directrice éditoriale chez Harlequin, qui disait qu’il fallait passer un test pour faire partie de leur équipe de traductrices. J’ai donc contacté les éditions Harlequin, qui m’ont d’abord fait passer un test généraliste, puis, celui-ci leur ayant plu, un autre,  plus spécialisé. C’était en 2001, au moment du lancement de la collection Audace, plus « pimentée » que leurs collections habituelles, et que l’éditrice m’a présentée comme « du style 9 semaines 1/2 ». C’était aussi le début de cette collection aux États-Unis, et les auteurs n’étaient pas encore très à l’aise avec les scènes de sexe, soit  très « cliniques » et trop descriptives, « découpées » en mouvements de marionnettes, soit trop lentes : on tournait autour du pot, si je puis dire, sans pour autant sentir une montée du désir, bref, on s’ennuyait. Dans ces premières traductions, j’étais meilleure dans les scènes érotiques, que j’avais essayé de rendre visuellement via un « effet cinématographique », que dans les passages narratifs, où je collais alors trop à l’anglais. C’était ce que recherchaient les éditrices et j’ai commencé à travailler pour Harlequin avec Florence Noblet, puis avec Karine Lanini, qui m’ont conseillé de « suivre mon sens de l’adaptation » et m’ont appris l’essentiel du métier pour la traduction de romance : retravailler les scènes, rendre les dialogues plus vivants, dynamiser le narratif, soigner la logique, ne pas hésiter à couper ou fondre les phrases, à déplacer des paragraphes, à injecter de l’émotion. Elles ont pris le temps de me former et de répondre à toutes mes questions, et cela m’a énormément servi par la suite.

Qu’aimes-tu dans ce style ? En quoi est-il particulier ?
Que ce soit dans la romance traditionnelle, le Young Adult, où les héroïnes adolescentes sont encore au lycée, ou le New Adult, qui met en scène des étudiantes ou des jeunes adultes en début de carrière, ce qui me plaît dans ce genre littéraire, c’est qu’il offre aux lectrices un peu de détente, un moment d’évasion, sans prise de tête, comme les feel good movies. C’est vrai à la lecture, mais aussi pour la traduction. Et malgré les aléas de l’intrigue, il y a toujours un happy ending.
Ces derniers temps, je constate l’émergence du point de vue du héros masculin – ce qui n’était pas le cas dans la romance traditionnelle, exclusivement consacrée au ressenti du personnage féminin –, de la narration alternée entre l’homme et la femme, et des narrations au présent à la première personne du singulier. C’est l’effet Anna Todd (et de la série After publiée par Hugo, qui a déposé l’appellation New Romance).

Qui sont les auteurs de romance ?
La plupart sont des femmes et viennent encore du circuit de l’édition traditionnelle, comme les auteurs célèbres du genre, assurées de trouver leur public. Mais quand je suis allée l’année dernière au Festival du roman féminin, Les Romantiques, j’ai rencontré des auteurs que j’avais déjà traduites, maintenant auto-éditées, qui m’ont proposé de continuer à les traduire en direct. Je me suis alors posé la question du statut social sous lequel je pouvais travailler directement pour des auteurs, celle des droits d’auteur, du paiement, du type de contrat que je pouvais passer avec elles… Je me suis dit qu’il fallait que je me renseigne sur ces sujets, car c’est une tendance en plein essor.

Le quart d’heure technique
Quels sont les tics propres à la romance ?
Dans la narration, on trouve beaucoup de répétitions sur le passé et le caractère des personnages, sur les émotions qu’ils ressentent : la pauvre fille qui resserre dix fois son manteau sur elle à cause du froid ou de la nervosité va-t-elle finir étranglée par sa ceinture ? Il n’est pas rare non plus qu’il y ait des incohérences : la fille qui manque de confiance en elle et se ronge sans cesse les ongles, mais qui, lors de la scène érotique, laboure le dos de son amant de ses griffes. Je me rappelle ce héros, qui avait dû s’enfuir sans pouvoir repasser chez lui, et qui, à la fin du roman, prouvait son amour et sa confiance à l’héroïne en lui offrant un coffret en bois, possédé depuis l’enfance et contenant tous ses trésors. J’ai été obligée d’ajouter un passage pour expliquer qu’il avait pu repasser chez lui in extremis et jeter quelques affaires dans un sac.
L’anglais a tendance à exprimer les sentiments par des mouvements : bras que l’on ne cesse de croiser et de décroiser, mèche de cheveux que l’on repousse derrière l’oreille pour exprimer la nervosité, ou la douceur et la tendresse quand c’est l’autre qui le fait. Il faut donc déchiffrer les sentiments pour les traduire au mieux sans tomber dans une litanie d’incises dans les dialogues.

Comment réussit-on une scène d’amour ? Quels sont les défis à relever ?
Il faut transcrire les sentiments, l’émotion, en conservant la fluidité de la narration. Il faut contourner la VO quand elle contient trop de mouvements, les fameux « pantins désarticulés », trop de détails techniques limite gynécologiques.
Il faut éviter le côté porno de certaines scènes érotiques, la rupture de registre entre une narration romantique et glamour et des dialogues trop crus, ou entre un début de scène qui met en avant les sentiments et le ressenti, puis l’acte sexuel proprement dit qui devient trop descriptif.
Une des difficultés récurrentes est celle du vocabulaire. L’anglais opte souvent pour un langage presque pornographique, plus masculin, qui n’est pas adapté aux lectrices françaises. À dire vrai, je travaille souvent à la manière d’un réalisateur : je m’empare du texte, de la scène, et je la « tourne » à ma façon, en m’efforçant de garder le piment sans tomber dans la vulgarité. Quand le texte est vraiment cru, il faut savoir doser cette vulgarité, la placer ou la déplacer.
Une scène érotique doit être efficace, précise, mais pas physiologique, n’être ni dans la métaphore ni dans le médical (centimètres du sexe, doigts ici, puis là, qui commencent à caresser ici, puis là,  avant de passer par ici ou par là pour envoyer la fille au septième ciel… OMG !).
Et surtout, la lectrice doit bien comprendre qui fait quoi et la position des protagonistes. On trouve de plus en plus de scènes érotiques mal écrites, où il faut tout remettre à plat. Même en français, il m’arrive de devoir relire des scènes pour bien comprendre qui fait quoi ou quelle est la position des amants. En un mot, il faut visualiser !
Certaines choses m’agacent dans les VO: la fille qui grimpe au plafond dès que le héros pose les yeux sur elle ou qu’il l’effleure. Même si l’auteur souhaite nous faire comprendre que l’héroïne ressent pour le héros une attraction irrésiiistiiiiible, c’est souvent pénible, et c’est à la traductrice de manier cela avec modération.

Quels sont les termes les plus problématiques ?
Je dirais les pronoms possessifs. Pour exprimer le point de vue du personnage, mieux vaut employer des pronoms que les prénoms des personnages qui insufflent une certaine distance dans la narration, et il faut toujours faire très attention à ce qu’il n’y ait pas d’ambiguïté possible en français. Cela oblige à reformuler. Ce qui est évident en anglais avec les pronoms « her/his » doit être explicité en français. On peut aussi jouer avec le dialogue ou les déplacements pour bien préciser qui fait quoi.
J’évoquerais aussi des expressions qui me font lever les yeux au ciel quand je tombe dessus à longueur de texte :  les « he/she snorted », par exemple. Pourquoi exprimer le dédain par un reniflement ? Il n’y a rien de plus moche, je trouve ; ou le fameux « She let out the breath she didn’t know she was holding… ». Celle-là, je suis sûre que tous les traducteurs l’ont rencontrée au moins… un million de fois ! Là encore, il faut traduire le sentiment et non la gestuelle.
En résumé, la traduction n’est pas un calque, elle doit surtout s’attacher à respecter et à transmettre l’intention du texte original. Si l’on pense émotion, passion, fluidité du texte et plaisir de lecture, alors, normalement, le (bon) résultat sera au rendez-vous.