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Anne-Marie Tatsis-Botton se livre

Anne-Marie Tatsis-Botton se livre

 Anne-Marie Tatsis-Botton inaugure cette rubrique « Les traducteurs se livrent », en répondant à quelques questions.

« Quel est le dernier livre que vous avez traduit, qui a été publié, et que vous avez aimé? »

C’est Le Décafardiseur. Un conte proprement démoniaque : en 1906, un grand journal littéraire de Saint-Pétersbourg avait organisé un concours de récits dont le thème devait être « le Diable ». C’est Alexeï Rémizov qui gagna. L’action se passe à Penza, dans la Russie profonde que l’auteur connaissait bien – pour y avoir été déporté.
Il y a une maison mystérieuse, une famille recluse et confite dans des pratiques mi-austères, mi-orgiaques, un « père-spirituel » qui, par profession, tue les cafards – mais pas seulement, non, pas seulement ! Il y a deux enfants qui espionnent les adultes, entre innocence et perversité. Il y a le Diable, évidemment.

« Quels ont été les plaisirs/difficultés de traduction rencontrés ? »
J’ai traduit quatre livres de Rémizov. Je lui dois mes plus grands désespoirs et mes plus grandes joies de traducteur. Sa langue se tourne délibérément vers un état du russe tel qu’il était avant sa codification par les grammairiens au XIXe siècle : populaire, non classique, non savant, frotté de langue d’Église et de parlers régionaux. Le français, avec sa « clarté » tant vantée, a du mal à se dé-construire, à se dé-cartésianiser. Il faut aller vers les contes populaires, les chansons, les comptines. Il faut essayer d’entendre la voix du conteur – coller à son souffle, s’immerger dans le même rêve.

« Quel est son intérêt pour les lecteurs français ? »
C’est accéder à un monde autre ; pas seulement celui d’une certaine Russie de la fin du XIXe siècle, mais celui qui n’est accessible que par le mythe, le fantastique.
C’est fréquenter un auteur extraordinaire, un enchanteur, un doux myope mystificateur qui avait peur des objets et qui avait une grande pitié pour les hommes, les enfants, pour toutes les créature vivantes, y compris les cafards. Et qui aimait les mots, et qui faisait des contes « sa belle et confortable maison ».

Que soit remerciée notre collègue Sophie Benech, éminente traductrice (du russe), d’avoir accueilli Le Décafardiseur dans sa si belle maison d’édition Interférences, et d’avoir trouvé un dessin original de l’auteur pour illustrer sa couverture.

Le Décafardiseur
Alexeï Rémizov

Traduit du russe par Anne-Marie Tatsis-Botton
Editions Interférences, Paris 2011