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Préface d'un traducteur… en 1788

Préface d'un traducteur… en 1788

…Où l’on voit M. de Prémont, traducteur de l’italien, prévenir ses lecteurs qu’il a légèrement « caviardé » le « Corbaccio » de Boccace dans sa traduction… C’était en 1788.
(in « Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques » Tome 31, Amsterdam, 1788.)
Préface du traducteur
[…]
« Je crois devoir dire à ceux qui seront surpris de trouver de la morale et des sentiments pieux parmi des bagatelles, que la plupart des auteurs Italiens et même des Espagnols, ne font aucun scrupule d’écrire de cette manière. Elle est ordinaire à Bocace. J’ai retranché de son ouvrage bien des choses que la pudeur ne souffre point ; je l’aurais trop défiguré si je lui avais encore ôté sa dévotion. J’ai cru que ce mélange de sacré et de profane, qui partout ailleurs serait fort mauvais, devait être ici pleinement justifié par le titre du livre. Les songes sont des images confuses de tout ce qui peut tomber sous les sens : la droite raison n’a point de juridiction sur le sommeil ; et ce qu’on s’imagine en dormant étant supposé involontaire, ne doit point être impardonnable.

J’ai remplacé ce que j’ai retranché du texte italien, de contes, de fragments et de vers. La plupart de ceux qui les ont composés étant de mes amis, ont bien voulu me permettre d’en grossir mon volume, j’espère que les autres me pardonneront la liberté que j’ai prise de l’avoir enrichi à leurs dépens.

Une plume plus délicate et plus savante que la mienne aurait rendu sans doute cette traduction plus agréable ; cependant quelque respect que j’ai pour le public, à qui j’ai pour la première fois la hardiesse de me livrer, je n’étendrai point ma préface pour implorer la clémence de mes lecteurs. Je n’ai point la démangeaison de passer pour bel esprit. Je ne crains pas moins la peine que je serais obligé de prendre pour mériter cette gloire, que la confusion que j’aurais de ne pouvoir la mériter, et je fais de cet ouvrage ce que font certains peuples de leurs enfants : à peine ont-ils la force de courir, qu’ils les abandonnent à leur destinée, et ne les reconnaissent plus. »